Systèmes de signes

Il existe une infinie variété de systèmes de signes. Dans le cadre de notre cours, nous pouvons distinguer phonogrammes, pictogrammes et idéogrammes, que nous trouvons dans les langues naturelles, et codes arbitraires ou artificiels inventés par l’être humain.

Codes naturels

De gauche à droite: phonogrammes sumériens, hiéroglyphes (pictogrammes et idéogrammes) égyptiens et idéogrammes chinois.

Dans les codes naturels, on peut classer les relations entre signifiant et signifié comme suit :

Les lettres de notre alphabet latin, comme celles de l’écriture mésopotamienne, représentent la plupart du temps des sons émis par la bouche, ce sont des phonogrammes.

Le pictogramme est un dessin d’une chose concrète, similaire formellement à cette chose réelle. On y reconnaît la chose par sa figure.

L’idéogramme représente un concept ou une idée. On ne peut pas y reconnaître directement la forme d’une chose concrète.

Codes artificiels

Télégraphe de Chappe

Un ancien télégraphe de Chappe près de Lyon. Photo DR.

Claude Chappe, inventeur français, développe en 1794 un télégraphe (du grec ancien τῆλε / tễle, « loin » et γράφω / gráphô, « écrire ») capable de relier des villes entre elles sur plusieurs dizaines de kilomètres grâce à un système de bras mobiles, qui ressemblent aux signaux que pourrait faire un être humain sur le tarmac d’un aéroport. Le code employé est le suivant:

S’agit-il d’idéogrammes ou de pictogrammes ? Dans la mesure où les signes choisis reprennent les lettres de l’alphabet, on peut dire qu’il s’agit de phonogrammes. Mais il y a une différence remarquable ici avec les systèmes de signes précédents: la forme du signe n’est pas choisie en lien avec le son ou la lettre représentés ni avec un système de signes plus ancien; elle est le produit de la rencontre entre 1) un besoin de pouvoir transmettre une information à distance et 2) une technique mécanique disponible à l’époque (bras articulés).

Lorsque les relations qui unissent le signe (« signifiant ») et l’information représentée (le « signifié ») sont ainsi construites et inventées de toutes pièces, nous dirons que le système de signes est un code. Le mot « code » vient du latin « codex », qui dès le 1er siècle désigne l’ancêtre du livre, successeur du parchemin, qui a donné le mot «code» pour désigner les livres de lois. C’est de là, par exemple, que vient l’expression « code des obligations ».

Morse

Le code morse est inventé aux alentours de 1838. Il est intéressant de constater que certaines lettres sont plus rapides à transmettre que d’autres. Cette différence n’est pas arbitraire mais technique: plus une lettre est fréquente dans le langage courant (ici en anglais), plus sa représentation codée est courte.

Tout code artificiel suit, en principe, un impératif d’efficacité. Dans ces exigences techniques il y a notamment le nombre de signes qui composent l’alphabet du code. Il y a plus de 3’000 émojis, une centaine de panneaux routiers, 26 symboles dans l’alphabet latin (le nôtre) et 2 ou 3 symboles dans le morse (cela dépend de si l’on compte le silence ou non). Le minimum de signes d’un code est de 2. Autrement dit, un code comprenant un seul et unique signe est impossible à concevoir.

Un code ne reste pas nécessairement lié à un support technique particulier. Ainsi, le code morse se décline facilement dans plusieurs techniques: son, électricité, lumière, etc. Il en va de même pour le binaire, le système de signes le plus universel (2 signes) auquel peuvent se réduire tous les autres systèmes de signes.